CENTRE GEORGES CANGUILHEM

Histoire et philosophie des sciences du vivant et de la médecine

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Séminaire “le savoir de la famille : l’hérédité entre science et gouvernement des 19° et 20° siècles”

Séminaire présenté par Michele Cammelli et Claude Olivier Doron

 

Mercredis 24 mars, 31 mars, 7 avril, 28 avril, 5 mai, 19 mai de 18h à 20h

salle 270 F

Halle aux Farines

Esplanade Pierre Vidal-Naquet – Paris 13e

 

Le développement historique des savoirs de l’hérédité dans les sociétés occidentales semble se présenter sous la forme d’un chiasme. D’un côté, la famille est devenue l’objet de savoirs à prétention scientifique qui l’ont inscrite dans la continuité du vivant (subordonnant ainsi, à partir de la fin du XVIIIe siècle, la famille humaine au régime général de l’hérédité biologique).  D’un autre côté, ces savoirs ont investi de l’intérieur l’espace de la famille (la procréation, la régulation des comportements), servant ainsi de support à des dispositifs de gouvernement au niveau médical, judiciaire ou politique mais donnant aussi lieu à l’appropriation par les sujets eux-mêmes de ces savoirs et de ces techniques. Le séminaire vise donc à interroger le problème de l’hérédité à partir de la question suivante : de quelle manière l’histoire du problème “biologique” de l’hérédité participe-t-elle d’une l’histoire des techniques de gouvernement?

Ce qui est à interroger historiquement, ce n’est pas seulement le statut épistémologique des savoirs de l’hérédité en tant que forme de connaissance mais bien la manière dont l’hérédité devient un principe déterminant des pratiques de gouvernement. Analyser donc le statut technique, social et politique de ce savoir, c’est-à-dire les rapports que, dans son histoire, il entretient avec

1) des techniques de gouvernement du vivant qui précèdent et rendent possible son apparition (les techniques d’élevage),

2) des pratiques sociales qui accompagnent son affirmation (une nouvelle médecine de l’hérédité qui va investir de manière inédite le champ de la famille),

3) des enjeux politiques qui le rendent susceptible de se traduire directement et massivement en techniques générales de gouvernement des hommes.

Il est bien évident que ce séminaire ne saurait retracer l’histoire si complexe et déjà bien documentée de ces évolutions. Nous voudrions plutôt nous concentrer sur un aspect particulier de cette histoire qui nous permette d’en saisir les transformations générales : la manière dont les savoirs sur l’hérédité viennent investir le champ de la famille, c’est-à-dire d’une part comment ils objectivent, à des moments historiques différents, des types différents de « famille » : il est bien clair par exemple qu’il n’y a pas identité entre le type de « famille » objectivé dans les discours sur la transmission des qualités dans les lignées nobles ; celui objectivé par les savoirs sur l’hérédité pathologique de la seconde moitié du XIXe siècle ; et celui de la génétique des populations ou celui de l’analyse économique du capital humain. Une analyse rigoureuse consiste donc à bien marquer les ruptures entre les types de famille objectivés, ruptures qui vont venir jouer au niveau des techniques de gouvernement, si bien que là encore ce seront des « familles » différentes qui feront l’objet de ces pratiques. D’autre part, il s’agit d’examiner justement comment les savoirs sur l’hérédité viennent servir de supports à des techniques de gouvernement qui, elles aussi, se transforment, changent d’échelle et d’objectifs, et obéissent à des principes divers. Comment, donc, les savoirs sur l’hérédité comme savoirs de la famille se trouvent corrélés à des techniques diverses de régulation, de gestion, de transformation de la famille, depuis les conseils donnés aux parents pour produire de beaux enfants jusqu’à des projets qui visent à la régénération, au travers des familles, de l’espèce humaine tout entière, depuis des mécanismes locaux comme l’intervention d’experts en « génésie » devant guider le choix des familles jusqu’à des modes de régulation étatiques, parfois autoritaires, parfois incitatifs, voire à une gestion quasi-entrepreneuriale du capital génétique qu’il s’agit, pour chacun, de faire fructifier et d’investir au mieux.

 

L’objectif du séminaire de cette année est double : poursuivre le travail de problématisation historique commencé l’année dernière et examiner, par ailleurs, certaines configurations actuelles où se pose le problème de l’articulation d’un savoir spécifique de l’hérédité et d’une conception particulière de la famille et de ses modes de gouvernement. L’une des questions qu’il s’agira de poser est la suivante : dans quelle mesure sommes-nous en train d’assister, après une période qui, de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, avait pu superposer pleinement conception biologique de la filiation et de l’hérédité d’une part, et modes de gouvernement de la famille de l’autre, à une recomposition radicale des rapports entre savoir biologique de l’hérédité et modes de gouvernement des familles ? Dans quelle mesure la conception juridico-sociale de la famille – à partir du moment où se mettent en place des formes de famille non fondées sur la filiation biologique – se dissocie radicalement du savoir biologique de l’hérédité ? Quel statut tient-il désormais dans les modes de gouvernement des familles ? Dans quelle mesure son expertise se trouve-t-elle redoublée, dans le champ des pratiques de gouvernement, par d’autres types de savoirs – anthropologique, psychologique, sociologique – qui dissocient plus ou moins nettement le problème de la famille de celui de l’hérédité ? Nous porterons notamment notre attention sur quelques problèmes qui ont émergé à partir du moment où, dans les années 1960-1970, de nouvelles pratiques biomédicales liées à la procréation ont investi directement la filiation en même temps que de nouvelles pratiques sociales ont redéfini de l’intérieur le statut de la famille.

 

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