Histoire et philosophie des sciences du vivant et de la médecine
Les Cahiers du Centre Canguilhem, n°I, Le corps relégué, sous la direction d’Alain-Charles Masquelet, PUF, Paris, 2007
Secrétaire éditorial: Claude-Olivier Doron
Résumé
La médecine occidentale doit ses avancées à la mise à l’écart du patient souffrant et à l’objectivation du corps humain. L’investigation biologique et la révolution de l’imagerie, à la fois diagnostique, interventionelle et fonctionnelle, inaugurent à l’heure actuelle un bouleversement complet du mode d’approche du corps malade qui rend caduques des pans entiers de la clinique et de la chirurgie traditionnelles. On assiste à une clôture et une relégation du corps que la technique rend désormais quantifiable et transparent.
Paradoxalement, l’homme contemporain réinvestit le corps comme élément majeur d’identification dans un monde qui se dérobe de plus en plus à toute tentative de maîtrise. Le dualisme triomphe par l’effet conjugué de la culture du corps et la médicalisation de la santé.
Dans la suite des analyses de Georges Canguilhem, les auteurs de cet ouvrage – médecins, philosophes, psychanalystes et anthropologues - plaident pour une pratique médicale qui s’adapte à ces transformations en prenant en compte le malade comme sujet souffrant, doté d’un corps entier, intégré dans un environnement et dont la présence ne saurait être occultée. Ils encouragent le développement d’une médecine qui reconnaisse la présence de ce corps et l’expérience qu’en a le patient, en accepte les risques et les spécificités, et cesse de simplement le reléguer derrière des objectivations rassurantes mais parfois trompeuses